Parler allemand pour s'intégrer ...

Publié le par mon-enfant-trilingue

Ce matin Lilas et moi avions rendez-vous dans une crèche pour remplir un formulaire d'inscription qui nous permettra de figurer sur une liste d'attente interminable des familles désirant obtenir l'une des 4 places disponibles. Bref, le manque de place de crèche en Allemagne pour les jeunes enfants n'est pas le sujet sur lequel je souhaite écrire aujourd'hui. 

053.JPGLors de la visite et de mon entretien avec la directrice de l'établissement, j'ai pris conscience que je serais peu à peu obligée de rompre ma bulle purement francophone dans laquelle Lilas et moi passons la plus grande partie de nos journées, pour me mettre de temps en temps à lui parler allemand. Depuis le départ, il était évident pour moi que je ne m'adresserai à ma fille seulement en français. La première raison était que  je ne désirais prendre aucun risque pouvant troubler le développement linguistique déjà peu ordinaire de Lilas, et m'en tenir à la règle du "un parent/une langue". Mais l'autre raison était simplement que je ne m'imaginais en aucune manière parler une autre langue que la mienne avec mon enfant. Aujourd'hui encore, parler allemand avec elle semble pour moi complément surréaliste et absurde. Ça peu sembler bête, mais ça me procure la même sensation que si je lui parlais anglais, espagnol ou chinois, ou alors si je m'adressais en allemand à ma grand-mère. Ça n'a tout simplement aucun sens. Pourtant je parle l'allemand tous les jours avec son papa, et il en va de soi, avec les allemands ! 

Ce matin donc, Lilas était surexcitée de voir tout ses jouets qu'elle ne connaissait pas, et s'est mise à courir dans tous les sens pour tout essayer. La directrice était très amicale et s'est un peu occupée d'elle le temps que je remplissais les papiers. Lorsque j'ai voulu interagir avec elles, j'ai dû le faire en allemand. La directrice ne comprenant pas le français, j'étais obligée alors de m'adresser à elle et à Lilas en allemand. Ce n'était pas la première fois que j'étais confrontée à une situation dans laquelle une personne de langue allemande, adulte ou enfant, parlait avec Lilas, et où se posait pour moi la question : dans quelle langue dois-je maintenant parler. Je peux m'adresser à Lilas en français, et répondre à la personne en allemand, mais ça exclue d'une part cette personne qui ne comprend pas le français, et d'autre part ça m'oblige à mélanger deux langues. 

Pour être plus clair je vais décrire une situation précise. Nous sommes au parc, et Lilas joue dans le bac à sable. A côté de nous se trouvent une petite fille et sa maman. Lilas commence à prendre l'un des jouets de la petite fille. Celle-ci se met à pleurnicher. Sa maman lui dit alors en allemand "La petite fille veut jouer avec toi. Tu peux lui prêter ta pelle, elle va te la rendre". Ne voulant pas créer de drame, je demande gentille ment à Lilas de rendre la pelle, en français, puis je dis à la petite fille, en allemand que Lilas est petite et qu'elle voulait simplement jouer avec elle. La plupart du temps, la prise de contact avec les autres parents et enfants se limite là, car ceux-ci se montrent un peu distant dès qu'ils se rendent compte que je m'adresse à mon enfant dans une langue qui leur est étrangère. Le contraire serait pourtant pour moi très gênant. D'un autre côté je comprend que les gens se sentent un peu exclu de ma relation avec ma fille. Ceux qui souhaiteraient prendre part à nos dialogues et s'intéresser à Lilas sont très rapidement refroidis par la barrière linguistique. Je peux très bien le comprendre. Combien de fois ai-je pu entendre en France des réflexions telles que "ils ne peuvent pas parler français comme tout le monde" lorsque des familles issues de l'immigration discutaient dans leur langue natale. 

Il faudra donc selon moi que je m'habitue à parler un petit peu allemand (à contre-coeur) avec Lilas en présence de personnes ne comprenant pas le français, si cela m'apparaît alors comme étant nécessaire pour son intégration avec les autres enfants. Ces situations sont pour le moment assez rares, mais elles risquent de se multiplier avec le temps

 

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Les derniers progrès de Lilas

Je ne vois pas beaucoup d'évolution en ce moment, mais ça peut s'expliquer par un pas en avant au niveau de la motricité. En général des progrès dans un domaine entraînent un ralentissement de ceux-ci dans les autres.

Le dernier mot en date que j'ai entendu est "aboa" pour "à boire". Elle l'a répété plusieurs fois en désignant son gobelet en plastique du doigt.

Elle dit également "baba" pour banane et "mama" pour mickey ! J'ai beau lui répéter en accentuant chaque syllabe "ba-na-ne" et "mI-CKe", elle recommence sans faire d'effort et en riant à prononcer "baba" et "mama". Je sais qu'il ne faut pas tenter de corriger les enfants, mais c'est tellement frustrant ! 

Je me suis aperçue qu'elle ne disait plus "dada" lorsqu'elle voulait aller se promener, ou qu'elle sentait qu'on allait faire un tour, mais "ata" (je ne sais pas du tout comment ça s'écrit et Atalay n'est pas là pour me corriger) qui signifie promenade en turc. Parfois j'entends également "ada". Peut-être confond t-elle les deux !

Enfin, ma petite chipie imite maintenant très bien le bruit de l'âne "i-an" et elle s'en donne à coeur joie ! Elle peut aussi désormais faire la petite grenouille "croa-croa", et le bruit du canard "coin-coin" a refait son apparition. Je me demande si je ne devrais pas arrêter de lui acheter des livres sur les animaux, et me concentrer sur les humains pour qu'elle apprenne un peu plus vite à parler. Ça a très bien marché pour les bruits des animaux !

Publié dans Le journal de Lilas

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Fabien 23/01/2012 20:23

Bonjour,

nous vivons exactement la même chose sauf que nous habitons en Autriche et ma femme est hongroise. Nous avons deux enfants de trois et cinq ans. Nous ne adressons jamais en allemand aux enfants
mais essayons dans des cas comme de parler à la troisième personne donc sans s'adresser directement à l'enfant.

Merci pour ce blog !