Apprendre une nouvelle langue entre 3 et 6 ans

A partir de 3 ans, l'enfant possède déjà une bonne connaissance de sa ou ses langue(s) maternelle(s). Il peut déjà exprimer une demande, un sentiment, raconter et nommer différentes choses. Mais le processus d'acquisition du langage n'est pas pour autant terminé. Lorsque l'enfant doit, en général lors de l'entrée à l'école maternelle, apprendre une nouvelle langue, on peut se demander comment cet apprentissage se différenciera de celui des langues qu'il possède déjà. 

 

Un enfant qui entre à l'école maternelle où la langue d'usage est différente de celle(s) de son entourage (en général celle du pays de résidence) peut avoir l'impression de se trouver devant un mur derrière lequel se cache un monde inconnu. En effet, certaines familles font office de "cocons" où l'enfant est isolé du monde extérieur, et donc de sa culture et de sa langue. Ils préfèrent cultiver dans leur foyer leur langue et culture d'origine, et estiment que l'enfant apprendra de toute manière à l'école la langue de l'environnement social. Certains enfants au contraire sont déjà familiarisés avec cette nouvelle langue, cette nouvelle mélodie et ces nouveaux sons, qu'ils ont eu l'occasion d'entendre dans la rue, au supermarché, lors de la visite d'amis ou voisins de la famille. Certains parents (comme c'est le cas chez moi) communiquent d'ailleurs entre eux dans cette langue. 

 

Nouvelle langue et socialisation

 

Lorsque le premier contact avec une langue a lieu au moment de l'entrée à l'école maternelle, l'apprentissage de cette langue se fait alors par submersion. Cette découverte linguistique est alors reliée pour l'enfant au premier pas vers l'inconnu, en dehors de la famille, c'est à dire la première étape de la socialisation. 

Pour assimiler cette nouvelle langue, l'enfant doit faire appel à ses capacités à se socialiser, à s'intégrer, à aller au contact des autres enfants, et à sa curiosité envers ses petits camarades. 

Qu'ils connaissent ou non la langue d'un groupe, la première étape que les enfants ont à franchir, et d'y trouver leur place. Les enfants pour lesquels cette langue est nouvelle doivent en plus en "déchiffrer le code". Ceux déjà habitués par le milieu familial au contact avec plusieurs langues sont déjà conscients qu'il existe plusieurs systèmes linguistiques, ce qui leur facilite un peu la tâche. 

Pour la psycholinguiste américaine Lily Wong Filmore, la tâche la plus importante à laquelle un enfant est confronté lors du contact avec une nouvelle langue est la construction de la relation avec son interlocuteur. Pour se faire accepter des autres un enfant doit tout d'abord prendre conscience de la singularité de son propre langage. Heureusement chez les jeunes enfants la communication non verbale joue un rôle très important, et les enfants y sont très réceptifs. 

 

Apprendre à déchiffrer un nouveau code, et le réutiliser

L'enfant confronté à un nouveau milieu et une nouvelle langue est rapidement capable de repérer des expressions et mots clés afin de les réutiliser, de manière correcte ou non, avec ses nouveaux interlocuteurs. C'est un moyen pour lui de prendre contact avec son nouvel environnement. Plusieurs étapes se succèdent alors. Tout d'abord l'enfant isole une expression qu'il entend et associe à une situation donnée( exemple : veux biscuit). Ensuite, l'enfant est capable de décomposer cet  énoncé, afin de le personnaliser (veut bonbon), et par la suite, le modifier afin de construire une phrase correcte (je veux un bonbon). Prenons comme second exemple celui d'un enfant japonnais qui a été observé lors d'une étude. Il était tout d'abord capable d'utiliser la phrase "more craker please" (encore un biscuit s'il vous plaît), même lorsqu'il demandait à boire. Ensuite, il a adapté son énoncé pour demander des pomme ou de la salade "more apple please", "more salad please", et pouvait plus tard selon le même modèle demander de une fourchette "more fork please".

 

Différents styles d'apprentissage

 

Certains jeunes enfants apprennent une nouvelle langue de manière analytique et réfléchie, alors que d'autre d'une façon expressive et holistique (considérer phénomène dans sa globalité). Les enfants analytiques s'intéressent aux mots, aux formes de communication et aux règles de la langue. Ils ont une certaine conscience linguistique et ne parlent seulement si ils sont sûrs d'eux. Les enfants "holistiques" se concentrent quand à eux sur la fonction sociale du langage, sans prêter attention à la précision des énoncés. Ils sont en général très curieux et tissent facilement des liens avec les autres enfants. Ce n'est donc pas très étonnant que ces derniers progressent plus rapidement que les autres. 

 

Une étape de transition

 

Lorsqu'ils se retrouvent dans un nouvel environnement linguistique, les enfants mettent un certain temps à comprendre que leurs interlocuteurs ne partagent pas les mêmes connaissances de leurs langues. Plus un enfant est jeune, plus il s'attache à communiquer dans la langue auquel il est habitué. Mais dès qu'il réalise qu'il ne parvient pas à se faire comprendre, il entre alors dans une période de silence. Il continue toutefois à participer aux activités du groupe, et à communiquer de manière non verbale. De l'extérieur, l'enfant semble passif. En réalité, il se trouve dans la première phase d'apprentissage de la langue, dans laquelle il essaie de décoder cette nouvelle mélodie et ces nouveaux sons. 

Les adultes doivent alors se montrer compréhensif et ne pas exercer de pression envers l'enfant, ni le pousser à parler. Cela pourrait entraîner un ralentissement voir un trouble de l'apprentissage. Après quelques semaines, les enfants sortent en général de ce mutisme et sont capable déjà de former des phrases correctes. 

Les enfant analytiques sont les principaux concernés par cette phase de mutisme. Ils utilisent cette période pour observer la langue et ses règles. Les enfants holistiques quand à eux cherchent plutôt le contact des autres enfants pour communiquer et font des progrès très rapides.