Les difficultés que peuvent rencontrer les enfants plurilingues

Naître avec plusieurs langues, si on peut se permettre l'expression, est un atout qui accompagne un enfant toute sa vie. A côté des avantages que cela représente pour sa vie professionnelle future l'enfant plurilingue possède une ouverture d'esprit, une créativité, une flexibilité et certaines capacités intellectuelles très développées. Mais ce tableau toutefois très attrayant vu de l'extérieur présente aussi quelques désagréments. En effet, cet enfant qui a eu la chance de naître avec plusieurs langues doit fournir de gros efforts pour les "entretenir" ce qui n'est pas toujours évident selon son contexte familial, social mais aussi psychologique. L'équilbre entre les langues est très difficile à conserver, et il n'est pas rare qu'une des langues se trouve mise de côté. De plus une compétence insuffisante dans les langues de l'enfant peut entraîner par la suite un certain nombre de difficultés scolaires, mais également un retard du développement cognitif de l'enfant. Fort heureusement, comme nous le verrons, ces troubles ne sont pas inévitables.

 

Diglossie, une altération du plurilinguisme

 

Le nombre de langues qu'un enfant est capable d'assimiler est limité, du seul point de vue du temps. Il lui faut en effet passer quotidiennement un certain temps au contact d'une langue pour être capable de l'intégrer correctement. Si un enfant entend trop de langues différente, il ne développera que des compétences limitées dans chacune d'elles. On ne parle plus dans ce cas de plurilinguisme mais de diglossie. (La diglossie est un comportement linguistique selon lequel chaque langue occupe une fonction précise dans une société, où la langue locale n'est que orale, et la langue de l'administration empruntée au pays colonisateur). Cette situation peut se rencontrer dans certaines familles d'immigrés où la langue du pays d'origine n'est utilisée qu'au sein du foyer familial et peu développée, et la langue du pays de résidence peu maîtrisée.

 

Affaiblissement d'une langue

 

La capacité de parler dans trois langues ne peut se développer seulement dans le cas où les occasions de les utiliser se présentent de manière suffisante. Il est donc important que qu'un enfant se voit proposer une offre linguistique importante dans chacune d'elles. Il faut qu'il ait l'occasion d'entendre la langue et de s'exprimer de manière régulière. 

Un déséquilibre entre les langues est tout à fait normal, comme nous l'avons vu. On parle alors de langue dominante, ou de langue faible. Mais tout comme la vitesse à laquelle un enfant est capable d'assimiler une langue est impressionnante, celle à laquelle il peut en oublier une l'est encore plus ! Si un enfant ne reconnaît plus l'usage d'une langue, celle-ci disparaîtra tout simplement de sa mémoire. C'est pourquoi il est important une fois de plus de conserver un contact intensif et régulier avec chacune des langues possédées. Il faut également tenter d'éviter les situations linguistiques artificielles comme par exemple des parents qui essaient d'introduire dans la famille une langue qui n'y a pas vraiment sa place. 

Il peut arriver qu'un enfant se résigne à utiliser une de ses langues lorsque ses parents exercent une trop grande pression à son encontre. Certes il est important de transmettre sa langue maternelle à son enfant, mais cela doit se faire sans trop de rigueur. Il est bien sûr nécessaire de respecter certaines règles, telles que celle du une personne/une langue, mais celles-ci peuvent être plus ou moins souples. La langue ne doit en aucun cas devenir un objet de dispute entre l'enfant et ses parents. Chacun doit trouver sa propre méthode pour faire vivre sa langue et la transmettre de manière stimulante pour l'enfant. 

L'équilibre linguistique d'un enfant n'est jamais stable. Un changement soudain dans l'environnement familial ou social, tel qu'un déménagement, ou le départ d'un membre de la famille peut venir chambouler cet équilibre. Mais dans la plupart des cas, c'est la langue de l'école qui devient rapidement la langue dominante de l'enfant. Certains professeurs, ou pédagogues conseillent aux parents d'abandonner la langue d'origine au sein du foyer familial, et de communiquer avec les enfants dans la langue du pays, afin de favoriser leurs progrès et leur intégration. Lorsque les parents ne maîtrise pas la langue du pays, des difficultés peuvent apparaître au niveau de l'éducation de l'enfant. En effet, l'autorité de l'adulte peut être ébranlée par ses hésitations et difficultés à s'exprimer dans la nouvelle langue de son enfant. Il faut donc aller à l'encontre de ces conseils sans fondements réels, et s'efforcer de maintenir et développer au maximum la langue familiale. 

La question que se posent beaucoup de personnes concernées par la sujet, ainsi que certains parents d'enfants plurilingues est : peut-on oublier sa langue maternelle, si celle-ci n'est plus stimulée de manière suffisante ? De nombreuse études ont montré que la perte de la langue maternelle est fortement liée avec l'âge d'une personne. Un jeune enfant qui est capable de s'exprimer parfaitement dans sa langue maternelle les premières années de sa vie, peut très bien par la suite l'oublier complètement si il ne l'utilise plus. Mais si la langue maternelle est maintenue et stimulée de manière suffisante jusque l'adolescence, les chances que celle-ci disparaisse de la mémoire sont alors très faibles. Même si cela demande beaucoup d'efforts pour les parents, s'efforcer d'inciter son enfant à utiliser et faire vivre la ou les langues de la famille au moins jusqu'à l'adolescence en vaut vraiment la peine. C'est l'héritage linguistique de l'enfant qui en jeu !

 

Scolarité difficile


Les statistiques montrent que les enfants dont la ou les langues familiales sont différentes de celle de l'école ont un taux d'échec scolaire plus important que les enfants élevés avec une seule langue. Longtemps la faute à été rejetée sur la langue maternelle de ces enfants, et on a donc conseillé aux parents d'abandonner au sein de leur foyer la langue familiale.

Des études ont pourtant montré que la langue maternelle des enfants dans cette situation joue un rôle crucial dans le développement cognitif de l'enfant, si celle-ci est stimulée de manière suffisante, et si il développe un vocabulaire riche et varié dans celle-ci. C'est cette même langue maternelle qui est la base de l'apprentissage de toutes les nouvelles langues que l'enfant doit apprendre, y compris celle de l'école. Imaginez que les fondations d'un bâtiment ne soient pas stables, c'est le bâtiment entier qui y sera construit qui risque de s'effondrer. Si on interrompt les stimulations dans la langue maternelle d'un enfant en âge de commencer l'école, sont développement cognitif s'interrompt. Il doit alors apprendre la langue de l'école pour que celui-ci reprenne, là ou il avait été interrompu. Cela prend alors quelques années pour que l'enfant ne rattrape les retards qu'il a pris sur les enfants monolingues. Mais si au contraire, il continue à avoir des échanges de qualité dans sa langue maternelle, son développement cognitif et son apprentissage de la langue du pays évoluent en parallèle jusqu'à prendre un chemin unique lorsque le niveau dans cette seconde langue est suffisant.    

La réussite scolaire d'un enfant plurilingue n'a des chances d'aboutir seulement si ses langues familiales, et la langue de l'école sont stimulées de manière intensives avant l'entrée à l'école primaire. 

 

Stéréotypes et préjugés

 

L'homme a naturellement tendance a avoir peur de l'inconnu et de la différence. D'instinct il développe une réaction de rejet. La langue que parle un individu joue un rôle important dans la manière dont il sera considéré par les autres. Si il parle une langue différente que la majorité des personnes de son entourage, il entraînera alors des réactions de méfiance, et de rejet. Si ces comportements "primitifs" persistent malheureusement parfois chez les adultes, chez les enfants, les réactions de rejets peuvent être encore plus intenses, et difficiles à affronter pour un enfant plurilingue. Certains décident donc d'abandonner leur(s) langue(s) d'origine pour se fondre dans la masse. D'autres au contraire développent un certain sentiment de dégoût envers la langue de la majorité, et développeront alors des blocages lors de leur apprentissage, puis tout au long de leur scolarité.

Toutefois, toutes les langues ne sont pas perçues de la même manière dans notre société, et certaines sont revêtues d'un certain prestige, telles que le français, l'anglais, ou l'espagnol. D'autres sont considérées comme inutiles voir repoussantes. Ces réactions et préjugés dépendent donc fortement de la langue en question. 

Dans tous les cas, il n'existe pas de solutions miracle pour contrer ce genre de situations difficiles à vivre pour un enfant. Il faut pour cela garder l'espoir que les mentalités finiront pas changer, et que le rejet se transforme en curiosité et intérêt.